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Combien coûtera votre succession ? Huit familles, huit calculs

Mis à jour le 3 août 2026 — Les huit cas ont été repassés au barème en vigueur après la loi de finances pour 2026 : abattements et taux inchangés, totaux confirmés.

« Combien l’État va-t-il prendre ? » C’est, de très loin, la première question que se posent les familles au moment d’une succession. C’est aussi l’une de celles qui reçoivent le plus de réponses vagues. La vérité est pourtant accessible : le calcul des droits de succession obéit à une mécanique publique, stable et entièrement reproductible à la main. Ce qui varie énormément, en revanche, c’est le résultat : pour un même montant transmis, la facture peut aller de zéro à 60 % selon le lien de parenté entre le défunt et l’héritier, et selon ce qui a été — ou non — préparé de son vivant. Cet article de référence pose d’abord la méthode, puis déroule huit cas concrets, calculés pas à pas, tranche par tranche, chacun conclu par le montant exact des droits et le taux effectif réellement supporté. Les chiffres sont ceux applicables en 2026.

À retenir

  • Le conjoint marié et le partenaire de PACS sont totalement exonérés de droits de succession (article 796-0 bis du CGI) : leur facture fiscale est de 0 €, quel que soit le montant.
  • Chaque enfant bénéficie d’un abattement de 100 000 € sur sa part, puis d’un barème progressif de 5 % à 45 % ; dans les patrimoines courants, le taux effectif reste souvent inférieur à 10 %.
  • Le lien de parenté change tout : un frère ou une sœur est taxé à 35 % puis 45 % après 15 932 € d’abattement, un neveu à 55 % après 7 967 €, un tiers (concubin non pacsé, ami, bel-enfant non adopté) à 60 % après 1 594 € seulement.
  • Sur 200 000 € transmis à un ami, les droits atteignent 119 044 € ; la même somme transmise via une assurance-vie alimentée avant 70 ans n’en coûterait qu’environ 9 500 €.
  • L’anticipation est le levier principal : sur un patrimoine de 2 000 000 € transmis à un enfant unique, une donation réalisée plus de 15 ans avant le décès économise environ 191 000 €.
  • La déclaration de succession doit être déposée dans les 6 mois du décès (en France) ; le paiement fractionné ou différé peut être demandé, avec garanties.

La méthode : quatre étapes, deux tableaux, aucun mystère

Avant les cas pratiques, posons la mécanique. Le calcul des droits de succession suit toujours le même chemin, en quatre étapes.

Étape 1 — l’assiette : l’actif net successoral. On additionne tous les biens du défunt à leur valeur au jour du décès (immobilier, comptes, placements, meubles, véhicules…), puis on retranche les dettes déductibles (emprunts restants, certaines factures, frais funéraires dans une limite forfaitaire). Le résultat est l’actif net successoral. L’assurance-vie, elle, suit un circuit fiscal distinct — nous y reviendrons au cas 7.

Étape 2 — la part de chaque héritier. L’actif net est réparti entre les héritiers selon la dévolution légale ou le testament, dans le respect de la réserve héréditaire. Les droits se calculent héritier par héritier, sur la part reçue par chacun : deux enfants qui se partagent 400 000 € sont taxés chacun sur 200 000 €, pas ensemble sur 400 000 €.

Étape 3 — l’abattement selon le lien de parenté. Chaque héritier déduit de sa part un abattement personnel qui dépend de son lien avec le défunt. C’est ici que se creusent les premiers écarts.

Lien avec le défuntAbattement (succession)Taux applicables après abattement
Conjoint marié / partenaire de PACSExonération totale0 %
Enfant (ligne directe)100 000 €Barème progressif 5 % à 45 %
Petit-enfant (succession)1 594 €Barème progressif 5 % à 45 %
Frère ou sœur15 932 €35 % jusqu’à 24 430 €, 45 % au-delà
Neveu ou nièce7 967 €55 %
Tiers, concubin non pacsé, bel-enfant non adopté1 594 €60 %
Héritier en situation de handicap+ 159 325 € (cumulable)Selon le lien

Deux précisions utiles. L’abattement du petit-enfant est de 1 594 € seulement en succession — les 31 865 € souvent cités ne valent qu’en donation. Et l’abattement de 159 325 € en faveur des personnes handicapées (article 779 II du CGI) s’ajoute à l’abattement de droit commun, quel que soit le lien de parenté.

Étape 4 — le barème par tranches. La part taxable (part reçue moins abattement) passe ensuite au barème. En ligne directe (parents-enfants), c’est le barème progressif de l’article 777 du CGI :

Part taxable (après abattement)Taux
Jusqu’à 8 072 €5 %
De 8 072 € à 12 109 €10 %
De 12 109 € à 15 932 €15 %
De 15 932 € à 552 324 €20 %
De 552 324 € à 902 838 €30 %
De 902 838 € à 1 805 677 €40 %
Au-delà de 1 805 677 €45 %

Comme pour l’impôt sur le revenu, le barème est progressif : chaque tranche ne s’applique qu’à la fraction de la part taxable qui s’y trouve. Une part taxable de 50 000 € n’est pas taxée à 20 % en bloc — seule la fraction au-delà de 15 932 € l’est. C’est ce que les huit cas qui suivent vont montrer en détail. Pour la présentation complète du barème et de ses subtilités, voyez notre guide droits de succession 2026 : barème et calcul pas à pas.

Cas 1 à 4 — ligne directe et conjoint : les successions les mieux traitées

Cas 1 : un enfant unique hérite de 163 400 €

Situation type : un parent laisse 163 400 € d’actif net à son enfant unique, l’essentiel étant un deux-pièces à Nantes vendu par la succession. Part reçue : 163 400 €. Abattement : 100 000 €. Part taxable : 63 400 €.

TrancheAssietteTauxDroits
Jusqu’à 8 072 €8 072 €5 %403,60 €
8 072 € à 12 109 €4 037 €10 %403,70 €
12 109 € à 15 932 €3 823 €15 %573,45 €
15 932 € à 63 400 €47 468 €20 %9 493,60 €
Total63 400 €10 874 €

Droits dus : 10 874 €, soit un taux effectif de 6,7 % des 163 400 € reçus. C’est la réalité statistique des successions françaises courantes en ligne directe : une ponction réelle, mais sans commune mesure avec le taux marginal de 20 % qui effraie souvent.

Cas 2 : deux enfants se partagent 400 000 €

Arbre du cas 2 : un parent veuf transmet 400 000 euros à deux enfants, 18 194 euros de droits chacun CAS 2 — LIGNE DIRECTE, DEUX ENFANTS Le parent veuf Patrimoine : 400 000 € Enfant 1 reçoit 200 000 € − 18 194 € de droits 9,1 % · abattement 100 000 € Enfant 2 reçoit 200 000 € − 18 194 € de droits 9,1 % · abattement 100 000 €
Quotités et montants du cas 2 ci-dessus, recalculés tranche par tranche au barème de l'article 777 du CGI en ligne directe. Chaque enfant applique son propre abattement de 100 000 €. Schéma arrêté au 10 août 2026.

Un parent veuf laisse 400 000 € à ses deux enfants, soit 200 000 € chacun. Chaque enfant applique son propre abattement de 100 000 € : part taxable de 100 000 € par tête.

Le calcul par tranches donne, pour chacun : 403,60 € + 403,70 € + 573,45 € sur les trois premières tranches (soit 1 380,75 € — ce « socle » revient dans tous les calculs en ligne directe dépassant 15 932 € de part taxable), puis 84 068 € × 20 % = 16 813,60 €. Total : 18 194 € par enfant, soit 36 389 € pour la fratrie.

Taux effectif : 9,1 % de la part de chacun. On note au passage l’intérêt mécanique du nombre d’héritiers : le même actif de 400 000 € transmis à un enfant unique aurait généré une part taxable de 300 000 € et environ 58 194 € de droits — la progressivité du barème et la multiplication des abattements font que partager entre deux enfants coûte fiscalement moins cher que tout concentrer sur un seul.

Cas 3 : le conjoint survivant — 0 € de droits, mais pas 0 € de frais

Depuis 2007, le conjoint survivant marié est totalement exonéré de droits de succession (article 796-0 bis du CGI). Le partenaire de PACS bénéficie de la même exonération — à condition d’avoir été institué légataire par testament, car le partenaire pacsé n’est pas héritier légal. Qu’il recueille 100 000 € ou 2 000 000 €, la facture fiscale du conjoint est donc de 0 €, soit un taux effectif de 0 %.

Zéro impôt ne signifie pas zéro coût. Le règlement de la succession passe par le notaire dès qu’il y a un bien immobilier, un testament ou un contrat de mariage, et les émoluments réglementés s’appliquent : environ un millier d’euros ou plus pour l’attestation de propriété immobilière selon la valeur du bien, quelques centaines d’euros pour l’acte de notoriété, auxquels s’ajoutent débours et formalités. Sur une succession courante avec un bien immobilier, le conjoint exonéré de droits doit tout de même prévoir, en ordre de grandeur, quelques milliers d’euros de frais d’actes. C’est le « coût plancher » de toute succession notariée, exonération ou pas. Rappelons aussi que le concubin non pacsé, lui, n’a droit à rien de tout cela : sans mariage ni PACS, il est un tiers taxé à 60 % (voir cas 7). Sans testament, il n’hérite tout simplement pas.

Cas 4 : deux enfants, patrimoine de 1 200 000 € dont la résidence principale

Un parent veuf laisse 1 200 000 € d’actif net, dont sa résidence principale estimée 600 000 €, à ses deux enfants majeurs qui vivent chacun de leur côté. Part de chacun : 600 000 €. Abattement : 100 000 €. Part taxable : 500 000 €.

TrancheAssietteTauxDroits
Jusqu’à 15 932 € (trois premières tranches)15 932 €5/10/15 %1 380,75 €
15 932 € à 500 000 €484 068 €20 %96 813,60 €
Total500 000 €98 194 €

Droits dus : 98 194 € par enfant, soit 196 389 € au total et un taux effectif de 16,4 %. À ce niveau de patrimoine, la note devient significative — près de 200 000 € à trouver dans les six mois, souvent alors que l’essentiel de l’actif est une maison qui n’est pas encore vendue.

Un mot sur la décote de la résidence principale : la loi prévoit un abattement de 20 % sur la valeur de la résidence principale du défunt lorsqu’au jour du décès elle est occupée à titre de résidence principale par le conjoint survivant, le partenaire de PACS ou certains enfants protégés. Dans notre scénario — parent veuf, enfants adultes vivant ailleurs — ces conditions ne sont pas réunies : nous avons donc calculé sans. Lorsqu’elles le sont (typiquement au premier décès d’un couple marié, le conjoint restant dans les lieux), la valeur taxable de la maison est réduite de 20 %, ce qui allège la part des autres héritiers. C’est un point à faire vérifier systématiquement par le notaire, jamais à s’auto-attribuer.

Cas 5 à 7 — frères, sœurs, neveux et tiers : quand le lien de parenté fait la facture

Cas 5 : une sœur hérite de 100 000 €

Arbre du cas 5 : un défunt sans enfant transmet 100 000 euros à sa sœur, 35 388 euros de droits CAS 5 — COLLATÉRAL PRIVILÉGIÉ Le défunt Célibataire, sans enfant · 100 000 € Sa sœur reçoit 100 000 € − 35 388 € de droits 35,4 % · abattement 15 932 €
Montants du cas 5 ci-dessus : abattement de 15 932 € entre frères et sœurs, puis tarif spécifique de 35 % jusqu'à 24 430 € et 45 % au-delà. Schéma arrêté au 10 août 2026.

Un défunt célibataire et sans enfant laisse 100 000 € à sa sœur. Abattement entre frères et sœurs : 15 932 €. Part taxable : 84 068 €. Le tarif applicable est spécifique : 35 % jusqu’à 24 430 €, 45 % au-delà.

TrancheAssietteTauxDroits
Jusqu’à 24 430 €24 430 €35 %8 550,50 €
Au-delà de 24 430 €59 638 €45 %26 837,10 €
Total84 068 €35 388 €

Droits dus : 35 388 €, soit un taux effectif de 35,4 %. Plus du tiers de l’héritage part en droits — pour une somme qui, transmise à un enfant, n’aurait rien coûté du tout (100 000 € = l’abattement en ligne directe). Une exonération totale existe toutefois entre frères et sœurs, sous trois conditions cumulatives strictes : avoir plus de 50 ans ou être infirme, être célibataire, veuf, divorcé ou séparé, et avoir vécu avec le défunt pendant les cinq années précédant le décès. Elle vise le cas des fratries âgées vivant sous le même toit ; si votre situation s’en approche, elle mérite un examen sérieux.

Cas 6 : un neveu hérite de 60 000 €

Une tante sans enfant laisse 60 000 € à son neveu. Abattement : 7 967 €. Part taxable : 60 000 − 7 967 = 52 033 €, taxés au taux unique de 55 % : 52 033 × 55 % = 28 618 €.

Taux effectif : 47,7 %. Près de la moitié de la somme transmise revient au Trésor public. C’est la situation typique des personnes sans descendance qui souhaitent gratifier leurs neveux et nièces : sans préparation, plus de la moitié de l’effort d’épargne d’une vie peut se dissoudre entre droits et frais. Des solutions existent — dons familiaux de sommes d’argent de son vivant, assurance-vie, legs bien construits — présentées dans notre comparatif des six dispositifs de donation de son vivant.

Cas 7 : un concubin non pacsé (ou un ami) hérite de 200 000 €, face à l’assurance-vie

Arbre du cas 7 : 200 000 euros à une concubine, 119 044 euros de droits par testament contre 9 500 euros via l'assurance-vie CAS 7 — UN TIERS AU SENS FISCAL Le défunt Legs par testament · 200 000 € Sa compagne reçoit 200 000 € − 119 044 € de droits 59,5 % · abattement 1 594 € La même, via 990 I reçoit 200 000 € − 9 500 € de droits 4,75 % · abattement 152 500 €
Les deux branches montrent le MÊME bénéficiaire recevant la MÊME somme par deux voies : legs testamentaire (tiers au sens fiscal, abattement 1 594 €, taux 60 %) et assurance-vie alimentée avant 70 ans (article 990 I, abattement 152 500 €, puis 20 %). Montants du cas 7 ci-dessus. Schéma arrêté au 10 août 2026.

Un défunt lègue par testament 200 000 € à sa compagne, avec qui il vivait depuis quinze ans sans mariage ni PACS. Fiscalement, elle est une étrangère : abattement de 1 594 €, taux unique de 60 %. Part taxable : 200 000 − 1 594 = 198 406 €. Droits : 198 406 × 60 % = 119 044 €. Taux effectif : 59,5 %. Sur 200 000 € légués, la bénéficiaire en conserve à peine 81 000.

Comparons calmement avec le même objectif atteint autrement. Si le défunt avait alimenté, avant ses 70 ans, un contrat d’assurance-vie de 200 000 € en désignant sa compagne bénéficiaire, le régime de l’article 990 I du CGI se serait appliqué : abattement de 152 500 € par bénéficiaire, puis prélèvement de 20 % jusqu’à 700 000 € taxables. Calcul : 200 000 − 152 500 = 47 500 € ; 47 500 × 20 % = 9 500 €. Taux effectif : 4,75 %.

Mode de transmissionSomme transmisePrélèvementTaux effectif
Legs par testament (tiers)200 000 €119 044 €59,5 %
Assurance-vie, primes versées avant 70 ans (990 I)200 000 €9 500 €4,75 %

Même somme, même bénéficiaire, écart de 109 544 €. Aucun autre choix patrimonial courant ne produit un différentiel de cette ampleur. Attention toutefois : les primes versées après 70 ans relèvent d’un autre régime (article 757 B, abattement global de 30 500 € seulement, puis droits de succession selon le lien), et des limites existent en cas de primes manifestement exagérées. La mécanique complète des deux régimes est détaillée dans notre article sur l’assurance-vie et la succession (990 I / 757 B). Rappelons enfin la solution la plus simple pour les couples : le PACS, qui donne accès à l’exonération totale du cas 3 — à condition de rédiger un testament.

Les huit cas d’un coup d’œil

Taux effectif de prélèvement successoral selon le lien avec le défunt 0 % 20 % 40 % 60 % Conjoint ou partenaire de PACS 0 % Enfant, part de 200 000 € (cas 2) 9,1 % Enfant unique, part de 163 400 € 3,2 % Sœur (cas 5) 35,4 % Neveu (cas 6) 47,7 % Concubin non pacsé (cas 7) 59,5 % Le même, via assurance-vie 990 I 4,75 %
Taux effectif = droits dus rapportés à la somme transmise. Chaque valeur est reprise d'un cas chiffré de cet article, recalculé tranche par tranche. Les deux dernières lignes montrent le même bénéficiaire et la même somme par deux voies différentes. Source : barèmes et abattements des articles 777, 779, 788 et 990 I du CGI, tels qu'appliqués dans les cas ci-dessus. Graphique arrêté au 10 août 2026.

Le lien de parenté pèse plus lourd que le montant transmis. Une sœur qui reçoit 100 000 € paie près de quatre fois le taux d’un enfant qui en reçoit le double, et le concubin non pacsé paie six fois ce taux. C’est la variable sur laquelle une préparation change tout.

Cas 8 — une succession importante : 2 000 000 € pour un enfant unique, avec et sans anticipation

Dernier cas, celui où l’anticipation change l’ordre de grandeur de la facture. Un parent laisse 2 000 000 € à son enfant unique.

Scénario A — aucune préparation. Part taxable : 2 000 000 − 100 000 = 1 900 000 €. Le barème se déroule sur presque toutes ses tranches :

TrancheAssietteTauxDroits
Jusqu’à 15 932 € (trois premières tranches)15 932 €5/10/15 %1 380,75 €
15 932 € à 552 324 €536 392 €20 %107 278,40 €
552 324 € à 902 838 €350 514 €30 %105 154,20 €
902 838 € à 1 805 677 €902 839 €40 %361 135,60 €
1 805 677 € à 1 900 000 €94 323 €45 %42 445,35 €
Total1 900 000 €617 394 €

Droits dus : 617 394 €, soit un taux effectif de 30,9 %. Près d’un tiers du patrimoine.

Scénario B — une donation de 1 000 000 € réalisée plus de 15 ans avant le décès. L’abattement de 100 000 € se renouvelle tous les 15 ans : la donation, effectuée assez tôt, bénéficie de son propre abattement, et la succession retrouve un abattement complet. La donation de 1 000 000 € est taxée sur 900 000 € : 1 380,75 € + 107 278,40 € (tranche à 20 %) + 347 676 × 30 % = 104 302,80 €, soit 212 962 €, payés au moment de la donation. Au décès, quinze ans ou plus s’étant écoulés, le rappel fiscal ne joue plus : le solde de 1 000 000 € est taxé de la même façon, soit à nouveau 212 962 €. Total des deux étapes : 425 924 €, taux effectif global de 21,3 %.

L’économie atteint 191 470 € — sans aucun montage, simplement en découpant la transmission dans le temps pour repasser deux fois par les tranches basses du barème et par l’abattement. Et ce scénario reste volontairement simple : une donation en nue-propriété avec réserve d’usufruit aurait réduit davantage encore l’assiette taxable (voir notre guide du démembrement et de la donation de nue-propriété), et la palette complète des outils — dons familiaux, donation-partage, présents d’usage — est comparée dans notre panorama des dispositifs de donation de son vivant. La leçon du cas 8 tient en une phrase : sur les patrimoines importants, le paramètre fiscal décisif n’est pas le barème, c’est le calendrier.

Synthèse comparative : les huit cas en un tableau

CasHéritierMontant reçuDroits dusTaux effectif
1Enfant unique163 400 €10 874 €6,7 %
2Chaque enfant (sur deux)200 000 €18 194 €9,1 %
3Conjoint marié ou partenaire de PACSQuel que soit le montant0 €0 %
4Chaque enfant (sur deux)600 000 €98 194 €16,4 %
5Sœur ou frère100 000 €35 388 €35,4 %
6Neveu ou nièce60 000 €28 618 €47,7 %
7Tiers ou concubin non pacsé200 000 €119 044 €59,5 %
8Enfant unique (sans / avec donation anticipée)2 000 000 €617 394 € / 425 924 €30,9 % / 21,3 %

La lecture verticale de ce tableau dit l’essentiel du système français : le taux effectif dépend bien plus du lien de parenté et de l’anticipation que du montant transmis. Un enfant qui reçoit 600 000 € paie proportionnellement moins qu’un neveu qui en reçoit 60 000. Un tiers est taxé onze fois plus lourdement qu’un enfant à montant égal (cas 7 contre cas 2). Et le conjoint, lui, ne paie rien — ce qui fait du statut matrimonial (mariage ou PACS, accompagné d’un testament) le premier outil de protection du survivant, avant toute considération fiscale sophistiquée ; les couples en famille recomposée, où la protection du conjoint se heurte aux droits des enfants d’une première union, trouveront les arbitrages détaillés dans notre guide famille recomposée : protéger son conjoint sans léser ses enfants.

Les coûts annexes : ce qui s’ajoute aux droits

Les droits de succession ne sont pas la seule ligne de la facture. Quatre postes complètent le coût réel d’une succession.

Les émoluments du notaire. Ils sont réglementés, proportionnels à la valeur des biens pour les actes principaux, et s’ajoutent aux droits. En ordres de grandeur prudents : l’acte de notoriété (qui établit la qualité d’héritier) coûte environ quelques centaines d’euros ; l’attestation de propriété immobilière, obligatoire pour transférer les biens immobiliers aux héritiers, environ quelques milliers d’euros selon la valeur du bien ; la déclaration de succession elle-même donne également lieu à émoluments. Sur une succession courante comportant un bien immobilier, le total des frais d’actes se compte en milliers d’euros — le notaire est tenu de fournir un état prévisionnel des frais, qu’il ne faut pas hésiter à demander dès le premier rendez-vous.

Le droit de partage de 2,5 %. Tant que les héritiers restent en indivision, rien n’est dû. Mais s’ils procèdent à un partage formalisé des biens, l’acte supporte un droit de 2,5 % calculé sur l’actif net partagé. Sur une succession de 600 000 € intégralement partagée, cela représente environ 15 000 € — un coût souvent découvert tardivement, qui mérite d’être intégré à la réflexion avant de décider entre partage immédiat et indivision temporaire.

Le délai de 6 mois. La déclaration de succession doit être déposée, et les droits payés, dans les 6 mois du décès lorsque celui-ci survient en France (12 mois pour un décès à l’étranger). Passé ce délai, intérêts de retard et, le cas échéant, majorations s’appliquent. Six mois, c’est court quand l’actif principal est une maison à vendre ou une entreprise à évaluer : d’où l’importance de saisir le notaire sans tarder.

Le paiement fractionné ou différé. L’administration peut, sur demande et moyennant des garanties (hypothèque, nantissement…), accorder un paiement fractionné des droits sur plusieurs années, ou différé dans certaines situations — notamment lorsque l’héritier ne reçoit que la nue-propriété des biens. Des intérêts sont dus, à un taux légal modéré. Ce mécanisme évite bien des ventes précipitées : il fait partie des questions à poser systématiquement au notaire lorsque les droits sont élevés et l’actif peu liquide.

Notre synthèse

Que retenir de ces huit calculs ? D’abord un message rassurant : pour l’immense majorité des successions françaises — un patrimoine courant transmis au conjoint puis aux enfants — le coût fiscal réel est nul pour le conjoint et modéré pour les enfants, entre 5 et 10 % de taux effectif dans nos cas 1 et 2. La peur d’une confiscation générale ne résiste pas aux chiffres. Ensuite, deux signaux d’alerte clairs. Le premier concerne le lien de parenté : dès que l’on sort de la ligne directe et du couple marié ou pacsé, les taux effectifs s’envolent — 35 % pour une sœur, 48 % pour un neveu, 60 % pour un concubin non pacsé. Toute personne qui souhaite transmettre hors de la ligne directe doit s’en préoccuper de son vivant, car les outils efficaces (PACS et testament, assurance-vie avant 70 ans, dons anticipés) ne fonctionnent qu’avant. Le second concerne les patrimoines importants : au-delà du million d’euros par héritier, les tranches à 30, 40 et 45 % entrent en jeu et seule l’anticipation — donations échelonnées tous les 15 ans, démembrement, clauses adaptées — ramène le taux effectif à un niveau raisonnable. Enfin, n’oubliez pas les à-côtés : frais d’actes, droit de partage de 2,5 %, délai de 6 mois. Une succession se chiffre, et ce qui se chiffre se prépare. Prenez une heure, refaites nos calculs avec vos propres montants à l’aide du barème ci-dessus, et vous saurez, précisément, où vous en êtes.